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Règles de transcription

Les critères retenus pour la transcription et l’édition suivent un double principe directeur: une représentation le plus fidèle au texte, tout en offrant une lisibilité meilleure qu’une simple photographie. Les interventions de l’éditeur doivent cependant toujours être visibles et réversibles.

1. Changement de ligne
Les changements de ligne de l’original seront préservés.
a. Le numéro de ligne original est inséré entre accolades au début de la ligne, précédé et suivi d’un espace: faisons savoir {2} que
b. Lorsque le changement de ligne intervient à l’intérieur d’un mot, le numéro de ligne sera inséré sans espace: ches{3}cun
c. Les tirets de césure présents dans l’original seront préservés: ches-{3}cun

2. Segmentation des mots
Il est judicieux de séparer ou de rapprocher les mots suivant l’usage moderne.
a. L’apostrophe indique toujours que le mot était écrit en continu dans le texte médiéval et que l’usage moderne impose de les séparer : jusqu'à
b. Deux mots agglutinés dans l’original sont à séparer par un tiret : ceslettres > ces-lettres
c.  Les mots seront rapprochés quand l’usage moderne l’impose et on introduira le tiret bas pour signaler cette intervention de l’éditeur: l’egli_se
d. Par exception et par convention, sont transcrits sans séparation ledit, ladite, lesdits, audit, dudit, susdit, assavoir etc. à cause de leur grande fréquence d’emploi.
e.  On ne sépare également pas les cas d’enclise, certaines formes atones du pronom personnel et de l’article viennent se fondre, en perdant leur voyelle, dans les monosyllabes accentués en précession qui leur servent d’appui : jel puis faire, quil portera (=qui le portera), del, etc.

3. Ponctuation
a. Le point de l’original, le plus souvent au milieu de la ligne est toujours reproduit: •
b. Si le point se trouve en bas de la ligne, une note le relèvera.
c. Les virgules seront reproduites à l’original: ,
d. L’édition représentera également la suite de plusieurs points: ....
e. Des combinaisons de points spéciales (p.ex. arrangés en croix) seront relevées par une note.
f. La combinaison de point et de virgule sera rendu par ; (punctus versus) ou par punctus elevatus.

4. Fautes, exponctuations
a. Même si la faute du scribe est manifeste, aucune modification ne sera entreprise dans la transcription.
b. La transcription conservera également les dittographies, les lacunes et d’autres fautes évidentes, elles seront cependant signalées par une note.
c. Les lettres ou mots exponctués n’apparaîtront pas dans l’édition mais dans une note dans l’apparat critique.
d. Les passages illisibles seront caractérisés par un astérisque et commenté dans l’apparat. Le nombre d’astérisques doit correspondre à peu près au nombre de lettres indéchiffrables.

5. Formes des lettres
a. i et j sont à éditer selon l’usage moderne: iuske > juske.
b. u et v sont à éditer selon l’usage moderne: sauoir > savoir.
c. À chaque possibilité de diérèse, le tréma s’impose : doien > doïen, monoe > monoë, j’ai receu > j’ai receü.
d. Les points sur les i et les j sont rétablis. Le y surmonté d’un point est aussi transcrit fidèlement.
e. La différence entre s long et s rond est transcrite.
f.  La différence entre le z et le z à queue n’est pas reprise.
g. Chiffres: les ordinaux et les cardinaux sont reproduits fidèles à l’original.


6. Signes diacritiques
a. Accentuation:
i. L’accent aigu est rétabli sur tout e accentué en position finale: fie > fié (fief), il fie > il fie. L’accent n’intervient pas, en revanche, devant z final ou dans le cas de ee final : prez vs prés.
ii.  L’accent est introduit sur le à de préposition, afin de le différencier de la forme verbale. La même différenciation  est introduite pour différencier ou (conjonction) et (adverbe), la (article) et (adverbe).
b. Cédille: Les cédilles sont transcrites fidèle à l’original.

7. Majuscules
a.  Les majuscules et les minuscules sont transcrites fidèles à l’original. Les lettres majuscules dans l’original seront marquées en gras. Cependant, leur différenciation est un sujet épineux. Leur identification repose certes sur trois critères, la taille, le ductus et l’ornementation, mais la majuscule supposée doit absolument être comparée avec la minuscule correspondante en position initiale dans le même texte. Une approche très prudente sera adoptée : uniquement les cas de majuscules évidentes dans l’original seront repris.
b. Des majuscules seront cependant introduites selon l’usage moderne
- en début de paragraphe : Je fais savoir,
- à l’initiale des noms de lieu et des noms de personnes: Jean d’Arbois,
- à l’initiale des noms communs employés absolument pour renvoyer à une personne, à une divinité, à un personnage allégorique, etc. : nostre Seigneur, Deu.

8.  Abréviations
De manière générale, les abréviations sont développées et le développement est représenté par des caractères italiques. Étant donné que l’on ne peut pas s’en remettre à une orthographe établie, l’abréviation est résolue par la forme la plus habituellement écrite dans le document, ou dans une même série de documents (à défaut, on s’en remettra à l’orthographe du TL).
a.  Abréviations par signe conventionnel
Ce type d’abréviation consiste à remplacer un mot ou une partie de mot par un signe. Le tilde et l’esperluette sont les signes conventionnels les plus fréquents.
Le tilde (~, ou signe de nasalité) est par exemple un signe conventionnel très utilisé : suscrit à une voyelle, il signale qu’il faut restituer m ou n : sexãte > sexante, cõme > comme. On rencontre aussi très fréquemment q surmonté du tilde qui permet d’abréger que ou encore p avec tilde pour abréger la syllabe pre.
L’esperluette (&) est un signe conventionnel qui consiste en une ligature des lettres e et t (= &), elle apparaît surtout comme abréviation de la conjonction et.

b. Abréviations par lettre suscrite
Ce type d’abréviation consiste à placer une lettre en petit caractère (en général une voyelle) au dessus de la syllabe abrégée d’un mot afin de signaler la suppression d’une ou plusieurs lettres. La tradition veut que l’on l’édite en italique la lettre rétablie et non la lettre suscrite dans la mesure où elle n’est pas vraiment restituée car elle est déjà présente dans le manuscrit: qelconque > quelconque

c. Abréviations finales par suspension
Ce type d’abréviation consiste à abréger un mot en interrompant l’écriture avant la fin.
Attention : Les monnaies, poids et mesures font fréquemment l’objet d’une abréviation finale par suspension, mais elles ne seront pas résolus dans la transcription : lb (livres), sol (sols), par (parisis).

d. Abréviations par contraction
Ce type d’abréviation se rencontre avec ou sans signe conventionnel : ntre > nostre, mlt > moult.

Remarque: Les noms de personnes et de lieux sont également rétablis selon la forme la plus usitée dans le même document ou dans la même série de documents, ou à défaut, on résoudra l’abréviation par une forme normalisée.

Claire Muller